Un témoignage à l’occasion de la sortie du film La Rafle
10 mars 2010 # 13:34 # Société # Aucun commentaireA l’occasion de la sortie du Film La Rafle au cinéma ce mercredi 10 mars, je vous soumets quelques extraits d’un témoignage issu du livre « Lumière au quatrième » de Rosette Alezard. Je vous avais déjà parlé de ce livre ici.
Un matin de juillet la police frappe à la porte de chez sa mère Rhaïa Zylbersztajn pour emporter vers le gymnase Japy puis le Vélodrome d’hiver toute la famille : la mère Rhaïa l’auteure Rosette, son grand frère Charles, et son petit frère Paul. Paul Zilbertin, qui est mon père.
« On avait frappé très tôt à notre porte ce matin-là. Personne dans la pièce n’avait bronché, conformément aux consignes rigoureuses de notre mère les jours précédents. Mais voici qu’une voix de vieille femme implore en yiddish « par pitié, ouvrez à une pauvre femme… ». D’un bond, Maman se lève pour ouvrir (…) et se met à crier et injurier la vieille en question qui s’éclipse prestement pour laisser place à deux policiers, l’un en civil et l’autre en uniforme.
L’homme en civil dit à ma mère de « prendre quelques affaires, du lait pour le petit et ses bijoux si elle en avait » (…)
Escorté de nos policiers, nous nous dirigeons vers le gymnase Japy en passant par la place Voltaire et voyons d’autres petits groupes comme nous, aller dans la même direction à cette heure matinale. Quelques rares personnes au bas des immeubles nous regardent passer plus ou moins éberluées et, à hauteur de la boucherie Lepeuve, j’entends une femme dire très distinctement : « si c’est pas malheureux de voir ça ! ». Sa réflexion m’étonne : ne sommes nous pas juifs, reconnaissables à nos étoiles solidement cousues sur nos vêtements, interdits d’accès aux cinémas et jardins publics, contraints de voyager dans le dernier wagon du métro… C’est peut être normal si on nous arrête aussi. (…)
Nous voici au gymnase Japy, centre de rassemblement où se trouve déjà une foule de gens de tous âges en état d’arrestation.
Une dame blonde en tailleur et chaussures à talons, très élégante avec son chignon, tout à coup se met à taper des pieds comme en cadence. Je demande :
-Maman, pourquoi cette dame elle danse ?
-Elle ne danse pas, répond ma mère, elle fait une crise de nerf.
On nous fait monter dans un autobus, quand un commissaire de police vient nous annoncer que les femmes de prisonniers de guerre pouvaient rentrer chez eux. Un policier nous raccompagne jusqu’à la maison.
(…)
Après cette chaude alerte, une priorité s’impose, cacher les enfants d’abord, pour les soustraire aux arrestations (…)
Pour ce qui nous concerne, le premier en danger c’est Charles, mon frère aîné, qui aura bientôt quinze ans, l’âge à partir duquel tout homme juif est systématiquement arrêté. Il aura alors une très astucieuse idée qui lui permettra de gagner la zone libre sous un faux nom avec de vrais papiers et… de la chance.
Quant à mon petit frère et moi, notre mère nous place, dans un premier temps, chez de braves gens à Nanterre, qu’on appelait le Père et la Mère Chou (…)
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